Cet été, nous avons choisi de découvrir un pays d’Afrique de l’Ouest : le Sénégal. Nous savions que ce n’était pas forcément la période idéale, car elle marque le début de la saison des pluies. En revanche, c’est aussi une période où les touristes étrangers sont beaucoup moins nombreux, ce qui permet de vivre le pays de manière plus authentique.
Nous avons donc trouvé un vol direct Lyon–Dakar avec la compagnie Transavia, à un prix plus que raisonnable. Direction trois semaines au pays de la Teranga ! Mais la Teranga, qu’est-ce que c’est ? En wolof, ce mot désigne l’hospitalité, une valeur profondément ancrée dans la culture sénégalaise. Et nous allions rapidement comprendre pourquoi.

Dakar et les alentours
Nous arrivons à Dakar en milieu d’après-midi. Le changement de climat est immédiat. En France aussi il faisait chaud, mais ici la chaleur est bien plus humide. Après une bonne heure et demie de route dans les embouteillages, nous terminons le trajet sur une piste de sable avant d’atteindre enfin notre hôtel. Dès les premiers instants, les Sénégalais se montrent accueillants et souriants. Ce sourire, nous le retrouverons tout au long de notre séjour.
Le lendemain matin, nous partons découvrir les marchés de Dakar avant d’embarquer sur le ferry pour l’île de Gorée, haut lieu de mémoire de la traite négrière. Pendant la traversée, nous avons même droit à un concert improvisé donné par de jeunes Sénégalais, une belle entrée en matière. L’île est magnifique, accueillante et chargée d’une histoire qui, elle, est bien plus sombre.


Nous quittons ensuite le tumulte de la capitale pour rejoindre Saint-Louis, l’ancienne capitale du Sénégal. Depuis la gare routière de Dakar, nous empruntons un van collectif pour 3 000 FCFA par personne. Le trajet dure environ trois heures.

Saint-Louis
Notre logement se situe au bord de l’océan, sur la Langue de Barbarie, une étroite bande de sable qui fait face à Saint-Louis. Keur Mama Africa est bien plus qu’un hébergement : c’est une association qui accompagne les enfants du village et développe des projets communautaires. Toute l’équipe est d’une gentillesse infinie.
Nous y faisons la rencontre d’Évelyne, surnommée Awa, qui connaît parfaitement le Sénégal. Le courant passe immédiatement et nous sympathisons très vite.
Le centre historique de Saint-Louis est agréable à parcourir, avec son architecture coloniale, ses façades colorées et ses cafés pleins de charme. La plage est superbe, même si de nombreux déchets viennent malheureusement ternir le paysage. L’un des projets de l’association est justement de sensibiliser les jeunes du village à préserver ce petit coin de paradis.


Nous passons un séjour particulièrement agréable, au rythme de la vie locale et des nombreux enfants qui animent le village de leur énergie et de leur bonne humeur.
Le désert de Lompoul
Après deux heures de route, dont une bonne partie sur une piste de sable, nous arrivons à la prochaine étape de notre aventure : le désert de Lompoul. Une terre aride, de grandes dunes de sable et une végétation clairsemée composent désormais notre décor.
L’accueil est, une fois encore, particulièrement chaleureux, fidèle à la réputation des Sénégalais. On nous offre un verre de jus de bissap bien frais avant de nous conduire jusqu’à notre tente, qui sera notre refuge pour la nuit.

Avant le coucher du soleil, nous partons pour une petite balade à dos de chameau, histoire de participer à l’activité emblématique du lieu. Le camp est presque désert ; seule une autre famille viendra nous rejoindre un peu plus tard dans la soirée.

Au dîner, nous dégustons un délicieux couscous local. Puis la nuit s’installe. Un feu s’allume au cœur du camp et le son des djembés commence à résonner dans les dunes. Les chants et les danses s’enchaînent autour de ce feu protecteur, créant une ambiance à la fois chaleureuse et hors du temps.

Vers 22 heures, il est temps de regagner notre tente… juste avant qu’un violent orage n’éclate. Les éclairs illuminent le désert, la pluie martèle la toile et le vent souffle avec force. Malgré cette météo spectaculaire, notre tente résiste parfaitement à ce déluge.

Après un petit-déjeuner copieux, il est déjà temps de quitter ce décor insolite. Nous rejoignons le 4×4 qui nous ramène au village, où nous attend notre prochain moyen de transport en direction de Saly.
Saly et Bandia
Nous avons choisi de passer quelques nuits à Saly, principalement pour visiter la réserve de Bandia. Saly est la grande station balnéaire du Sénégal, mais son ambiance est un peu trop touristique à notre goût. Grands hôtels, plages privées, restaurants aux influences occidentales… ce n’est pas vraiment ce que nous recherchons en voyage.
Nous prenons tout de même le temps de nous promener dans la ville. L’atmosphère est agréable et nous ne ressentons ni insécurité ni problème particulier.
Le lendemain, réveil à 7 heures pour arriver dès l’ouverture à la réserve de Bandia. Nous avons de la chance : nous pouvons partager un 4×4 avec un autre couple, ce qui permet de réduire le coût de la visite.
Au programme, un safari au cœur d’une réserve de près de 1 000 hectares, où évoluent en semi-liberté impalas, buffles, rhinocéros, girafes, zèbres et bien d’autres espèces. Même si le parc est clôturé, les animaux disposent d’un vaste espace, au milieu des majestueux baobabs, ce qui donne une belle impression de nature sauvage.



Il faut compter une bonne demi-journée pour profiter pleinement de la visite, en prenant le temps d’observer les animaux et les paysages. Comme souvent pendant l’hivernage, la pluie fait son apparition… mais seulement à la fin de notre safari, juste le temps de regagner l’entrée sans être trop mouillés.
Toubakouta et les bolongs
Depuis Saly, plus précisément Mbour, nous prenons un taxi sept places en direction de Banjul, en Gambie. Notre destination, toutefois, est Toubakouta, un petit village niché au bord d’un bolong, dans le delta du Saloum.
Comme souvent au Sénégal, le départ ne se fait que lorsque le véhicule est complet. Nous patientons près de quatre heures avant que les sept places soient occupées. À 13 heures, nous prenons enfin la route pour environ cinq heures de trajet dans une vieille Renault break, chargée jusqu’au toit. Nous passons par Fatick puis franchissons le pont de Foundiougne. Le trajet nous coûtera 18 000 FCFA pour nous trois.

Toubakouta est un petit village particulièrement chaleureux, installé au bord d’un bras du fleuve Saloum. Nous y passerons quatre nuits, le temps de découvrir les villages voisins, la forêt de baobabs et d’observer quelques groupes de singes en liberté.
L’un des plus beaux moments de notre séjour restera sans aucun doute la remontée d’un bolong en pirogue, alors que le soleil disparaît lentement à l’horizon. Le silence de la mangrove, les reflets dorés sur l’eau et l’ambiance paisible rendent cette balade inoubliable. Comptez environ 25 000 FCFA pour une pirogue.


À Toubakouta, tout le monde se connaît. Au fil des jours, nous faisons connaissance avec les commerçants et les habitants du village. Très vite, nous ne sommes plus seulement des voyageurs de passage : chacun nous salue, échange quelques mots ou prend des nouvelles. C’est avec un petit pincement au cœur que nous quittons ce village où nous nous sommes sentis, l’espace de quelques jours, presque chez nous.
Cap Skirring par la Gambie
Nous savons que cette journée sera longue… mais nous sommes encore loin d’imaginer à quel point.
Nous quittons Toubakouta avec Benoît, notre hôte, qui nous dépose à la frontière gambienne. De là, nous embarquons dans un van collectif en direction de Ziguinchor pour 18 000 FCFA à trois. Au programme : environ 200 kilomètres, huit heures de route et deux passages de frontière, avec une traversée complète de la Gambie.
Et c’est justement cette traversée qui restera notre plus mauvais souvenir du voyage.
À l’entrée du pays, les douaniers nous demandent de les suivre dans le bureau du chef. « 15 000 FCFA de taxe d’entrée », nous annonce-t-il. Aucune explication, aucun reçu, rien qui ressemble à une taxe officielle. L’argent est destiné à finir directement dans la poche du douanier. Nous comprenons rapidement ce qui se passe, mais nous n’avons guère le choix.
Une heure plus tard, rebelote à la frontière de sortie. Cette fois encore, nous sommes conduits dans le bureau du chef. Même scénario : « 15 000 FCFA de taxe de sortie. » L’arnaque est parfaitement rodée. Je proteste, le ton monte, mais nos passeports sont entre leurs mains. Impossible de repartir sans céder.
Au total, ce sont 30 000 FCFA qui nous auront été extorqués par des agents de la douane gambienne. Une expérience franchement désagréable qui contraste avec tout ce que nous avions vécu jusque-là. Si vous envisagez ce trajet, renseignez-vous bien sur les formalités et préparez-vous à ce type de pratique, malheureusement encore rapportée par de nombreux voyageurs.
Cette mésaventure restera finalement une exception. Durant tout le reste du voyage, nous n’avons rencontré aucun problème avec les autorités sénégalaises.
Nous retrouvons finalement les routes sénégalaises. Nous arrivons à Ziguinchor vers 19 heures, mais la journée est loin d’être terminée. Il nous faut encore rejoindre Cap Skirring. Heureusement, les taxis sept places se remplissent rapidement. En revanche, plus nous approchons de notre destination, plus l’état de la route se dégrade. Les derniers kilomètres sont particulièrement éprouvants : les nids-de-poule sont si nombreux et si profonds que nous roulons parfois à moins de 20 km/h.
Après plus de douze heures de voyage, nous ressentons un immense soulagement en apercevant enfin Cap Skirring, tout près de la Guinée-Bissau.

Cap Skirring est souvent surnommée la « Caraïbe sénégalaise ». L’ambiance y est résolument détendue, presque hors du temps. L’influence reggae est omniprésente, la vie semble s’écouler encore plus lentement qu’ailleurs, et une véritable good vibe règne dans les rues.
La Casamance est incroyablement verte. Cette végétation luxuriante doit beaucoup à l’hivernage : lorsqu’il pleut, les averses sont aussi brèves qu’intenses, transformant le paysage en quelques minutes.


Nous profitons de ces derniers jours pour découvrir la ville, ses alentours et sa magnifique plage. Comme partout depuis notre arrivée au Sénégal, les rencontres avec les habitants occupent une place essentielle dans notre voyage. Nous passons de longs moments à discuter avec eux, toujours accueillis avec le sourire et cette fameuse Teranga qui aura accompagné chacune de nos étapes.
Retour à Dakar
Pour le retour vers Dakar, nous avons choisi un itinéraire plus original : la voie maritime. Nous contactons donc M. Doudou Tamba, l’agent local chargé des réservations. Après quelques échanges de messages et un paiement par Western Union, nos trois places sont confirmées. Les cabines sont déjà complètes ; nous voyagerons donc en fauteuil.
Nous embarquons à bord de l’Aline Sitoé Diatta, qui assure la liaison entre Ziguinchor et Dakar. Départ à 13 heures, arrivée le lendemain matin dans la capitale. Comptez environ 23 000 FCFA par personne, commission de M. Tamba comprise.
Le bateau est confortable. Les salons sont climatisés, les fauteuils permettent de passer une nuit correcte et le restaurant propose des plats copieux pour un tarif raisonnable (environ 4 000 FCFA). Un bar permet également d’acheter boissons et sandwichs tout au long de la traversée.

Le plus beau moment restera sans doute celui passé sur le pont supérieur, juste avant le coucher du soleil. La lumière dorée baigne le bateau tandis que le fleuve Casamance défile lentement sous nos yeux. Puis vient la sortie en mer, où l’Atlantique se montre un peu plus agité, avant une navigation de nuit sous les étoiles.

Nous avons particulièrement apprécié cette traversée, qui constitue une belle manière de relier la Casamance à Dakar tout en découvrant le Sénégal sous un autre angle.
De retour dans la capitale, nous profitons de notre dernière journée pour visiter quelques lieux que nous n’avions pas eu le temps de découvrir à notre arrivée, notamment l’impressionnant Monument de la Renaissance africaine, qui culmine à 52 mètres de hauteur.
Le lendemain, il est déjà temps de reprendre l’avion pour Lyon. Nous quittons le Sénégal avec des paysages plein la tête, mais surtout avec le souvenir d’un peuple d’une incroyable gentillesse. La Teranga n’est pas un simple mot : c’est une manière d’accueillir les autres, et sans doute ce qui nous aura le plus marqués durant ces trois semaines d’aventure.

Bilan
Le Sénégal est un pays aux multiples facettes. C’est un pays de contrastes, où la vie s’écoule lentement, rythmée par le soleil et les averses tropicales. On y découvre une hospitalité exceptionnelle, des paysages magnifiques et une richesse culturelle omniprésente. Mais on y observe aussi des réalités plus difficiles : la pauvreté, la gestion encore insuffisante des déchets, ou les défis liés à l’éducation et aux infrastructures.
C’est un pays en pleine évolution, dont le potentiel est immense. Son avenir repose en grande partie sur sa jeunesse, dynamique et nombreuse. Nous espérons qu’elle saura construire un Sénégal toujours plus fort, plus propre et qu’il conservera cette qualité qui nous a tant marqués : l’accueil chaleureux de ses habitants.
Sur le plan du budget, notre voyage de trois semaines nous a coûté environ 2 200 € pour trois personnes. Nous avons dépensé près de 1 000 € en hébergements et 1 200 € pour les transports, les repas, les activités et les dépenses du quotidien. Un budget qui nous a permis de voyager à notre rythme, de privilégier les rencontres et de découvrir plusieurs régions du pays sans nous priver.
Nous sommes partis découvrir un pays. Nous revenons surtout avec le souvenir de ses habitants. Car si le Sénégal possède des paysages magnifiques, sa plus grande richesse reste sans doute la Teranga, cette hospitalité qui transforme un simple voyage en une véritable rencontre.
