Au milieu des Monts Oural

Voici la troisième et dernière partie de notre trek en Oural Polaire. Cet article succède à Premiers pas dans l’Oural Polaire et Seuls dans la tundra russe.

La traversée de la chaîne montagneuse

Après nous être reposé un peu à la station Oural Polaire, nous voilà en marche vers les magnifiques montagnes de l’Oural. Pas trop hautes, ni trop abruptes, elles s’imposent quand même devant nous comme un mur naturel que nous devons franchir. Dans cette partie polaire des montagnes, le sommet le plus élevé est le Mont Payer, qui culmine à 1472 mètres. Notre souhait principal avait été de faire son ascension, mais la neige omniprésente sur les sommets nous a dissuadé de le faire. Pas vraiment équipé pour la neige et la glace, nous préférons le contourner. Avec des crampons, un piolet, et une bonne corde, l’ascension aurait été tout à fait possible, mais nos sacs déjà lourds de vingt kilos chacun auraient été des charges trop élevées pour nous.

A une altitude proche du niveau de la mer, les montagnes hautes de 1400m, nous paraissent être des monstres, bien que nous soyons habitués à en voir des beaucoup plus hautes en Haute-Savoie. Il faut dire que les paysages sont grandioses, et que le massif ouralien et vraiment imposant. De plus, étant une des chaînes de montagnes les plus anciennes de la Terre, beaucoup de légendes occultes rodent sur les environs. Il y a par exemple cette histoire, l’incident du col de Dyatlov, plus bas dans l’Oural, où neuf randonneurs sont morts d’une façon très étrange. En effet leurs cadavres ont été retrouvé avec le crâne et le thorax défoncé mais avec la peau intacte. Leur niveau de radiation fût tellement élevé que leur cercueil avait du être gainé de zinc.

Le mauvais temps s’abat sur nous

Nous sommes au milieu de l’Oural, le brouillard est descendu, la température aussi, une pluie mêlée de neige commence à tomber devant nos pieds, il est 16h, la nuit approche, il est temps de planter la tente. Nous nous installons juste devant une grosse rivière que nous devrons traverser le lendemain matin. Le vent est si fort, qu’à plusieurs reprises la toile de tente supérieure s’envole. Il va falloir entourer la tente de gros cailloux ce soir, si nous ne voulons pas nous envoler. Nous nous mettons vite au chaud, puis allumons le réchaud pour manger un bon petit repas lyophilisé et boire un bon thé brulant. La neige mouillée se transforme en gros flocons et commence à recouvrir la tente au fur et à mesure que la nuit tombe. Après une nuit difficile dû au froid et au vent, nous nous levons de bonne heure pour replier la tente couverte de neige et continuer notre chemin sous une tempête de neige. La traversée de la rivière est chaotique. Nous mettons à maintes reprises les pieds dans l’eau, une eau plus que glacée.

Mais il faut garder le moral et continuer le chemin. Les quelques jours qui suivent serons difficiles, le vent est contre nous, nous sommes humides, et le tracé est compliqué car nous devons contourner les grosses rivières, les zones marécageuses ainsi que les hautes branches piquantes qui risqueraient de déchirer notre matériel.

Vers la petite ville de Kharp

Après trois jours comme ceci le beau temps refait son apparition, nous pouvons enfin nous sécher. Nous avons traversé la chaîne de l’Oural, mais la route est encore un peu longue vers Kharp. Nous reprenons vite le moral, puis commençons à entrer dans une zone boisée, qui nous fait penser tout de suite à l’habitat typique de l’ours. Par précaution, nous marchons avec notre gazeuse anti-bête accrochée à la ceinture, à porté de main. Ayant quelque notions de russe, j’ai pu lire que nous entrons dans une zone protégée, une sorte de réserve naturelle, où la chasse et la pêche sont interdites. Ce qui nous fait le plus peur, c’est que nous avons vu quatre douilles de fusil par terre, quelques kilomètres après le panneau. Bref, nous nous méfions à chaque instant. Nous marchons quelques fois sur des espèces de traces d’engins motorisés qui disparaissent dans les rivières. Je pense que l’été des engins type quad ou ratrack s’amusent dans la forêt. Nous commençons à apercevoir de plus en plus de traces de civilisation. Un ancien feu éteint, des boites de conserves rouillés, des tas de bois empilés. Mais toujours pas de russes en vue, et c’est peut-être mieux comme ça !

Après plusieurs jours de marche nous apercevons un quad au loin qui s’approche de nous. Deux grand gaillards (la norme en Russie), s’approchent de nous, nous parlent avec un patois russe que je ne comprends pas. Ils voient tout de suite que nous sommes étranger, ils nous sortent « Kuda, Kuda », ça je comprends !! ça veux « où allez vous ? », je leur réponds « Kharp ». Ils se mettent à rigoler en nous indiquant la bonne direction ainsi que la distance. Ils retournent sur le quad en nous souhaitant un bon voyage. Mathieu, a quand même toujours eu la main sur la gâchette de la gazeuse au cas où leurs intentions auraient été néfastes. Cette fois ça y est Kharp est proche.

Nous traversons le pont qui sert d’entrée pour la petite ville. Des militaires armés sont là, nous dévisagent mais ne nous contrôlent pas. Il faut dire que la particularité de Kharp, c’est que cette petit ville perdue au milieu de la forêt abrite les deux prisons les plus terribles du pays, on y met les détenus les plus dangereux de la Russie. Nous traversons la ville en mode randonneurs, les gens nous dévisagent comme si nous étions des extraterrestres, puis allons dans un endroit qui ressemble à un hôtel. Le lieu est désert mais nous arrivons à nous faire comprendre avec la patronne des lieux que nous voulons une chambre pour la nuit. Nous paierons le prix fort, 55 euros mais nous aurons le droit à un bon lit et une bonne douche.

Nous restons deux jours à Kharp, les gens, à force de nous voir, commencent à nous sourire, et même à entamer des petites conversations. Ils diront tous que nous sommes fou d’avoir fait ce que nous avons fait, il ne comprennent pas le pourquoi de la chose. Cette petite ville bien que totalement isolée possède une certaine âme. Nous serons content de la quitter mais content de l’avoir connue.

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